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La Vie des Marchés

juin 20
La prochaine lettre hebdomadaire comptera peut-être un membre de l'Union Européenne en moins encore que les dirigeants politiques européens ont déjà su passer outre les résultats d'une consultation populaire.

Ainsi, Alexis Tsipras avait finalement dû appliquer le programme de réformes structurelles imposées par ses créanciers en ignorant le rejet exprimé par ses compatriotes lors du référendum. A l'approche du vote fatidique des Britanniques sur le Brexit à la suite d'une campagne acrimonieuse, les marchés européens, contrairement aux marchés américains, sont tombés dans une spirale de surenchère de pessimisme. Certes, la digitalisation, le vieillissement de la population et l'urbanisation galopante dans une ambiance tendue et populiste chez les pays développés constituent des phénomènes disruptifs dont les conséquences sur les modèles économiques traditionnels sont indéniables. Mais, depuis l'avènement de l'ère supermédiatique et ultranumérique, les investisseurs se prévalent d'événements de risques potentiels très courts terme pour échafauder des visions futuristes trop sombres voire apocalyptiques qui auto-justifient leur très grande prudence.

Ainsi, le Brexit serait assimilé à un épisode de l'histoire humaine proche de ceux connus durant les deux grandes guerres mondiales entraînant la dislocation de l'Europe et le retour des conflits si chers aux empires et royaumes qui ont régné pendant mille ans sur ce continent. Comme la Grèce en son temps qui était censée dès 2011 conduire à une mort subite et certaine de la zone euro, les angoisses maladives à l'approche de chaque scrutin démocratique, reviennent hanter les esprits des investisseurs qui mettent en place des stratégies ultra-défensives en partie fondées sur un gisement obligataire au bord de l'implosion car de plus en plus d'emprunts souverains portent des taux d'intérêt négatif. Le rendement du Bund 10 ans a d'ailleurs franchi la barre des 0% pour la première fois cette semaine. Ce prix de l'apparente sécurité à payer finira d'ailleurs par pousser les investisseurs à chercher du rendement sous d'autres cieux ou d'autres géographies. Loin de juger ou de blâmer ces investisseurs, il faut chercher à les comprendre pour saisir les opportunités qui vont s'ouvrir. A coup sûr, on peut trouver dans leurs comportements une réminiscence fossile de la crise de 2008, voire de celle des années 2000, et un désir de ne jamais entamer une partie de leur patrimoine, même de façon latente et ce, quelque soit l'intervalle de temps considéré (seconde, minute, hebdomadaire, mensuel, trimestriel, annuel et ainsi de suite).

Celles et ceux qui se réfèrent à la grande Dépression ou à la déflation séculaire des années 1930 ne les ont, pour la plupart, pas connues. Autre erreur humaine classique, les investisseurs sont souvent prisonniers de la tendance passée qu'ils répliquent à l'infini. Ainsi, dans les années 1980, lorsque l'inflation affleurait les deux chiffres, les investisseurs n'imaginaient pas eux-mêmes un monde sans inflation comme aujourd'hui. Désormais, c'est tout le contraire et le réveil sera douloureux si l'inflation redémarre notamment dans un environnement de taux négatif.

Alors que faire ? Comme dans la fameuse chanson du groupe de rock n'roll anglais The Clash, comme pour les électeurs britanniques, se pose inévitablement à ce stade la même et unique question pour les investisseurs sur les marchés actions européens, la seule classe d'actifs à encore offrir rendement et espérance de plus-value en capital : should I stay or should I go...now ?


Source: DNCA Finance - Texte achevé de rédiger le 17 juin 2016 par Igor de Maack, Gérant et porte parole de la Gestion.

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