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La Vie des Marchés

juin 07
L'annonce par Donald Trump de la sortie des Etats-Unis de l'accord de Paris et la pénurie momentanée d'essence en Ile de France à la suite d'un mouvement de grève constituent deux bonnes raisons de se poser des questions légitimes sur un secteur crucial pour l'économie et pour la bourse : le pétrole et plus globalement l'énergie.

La réaction à la décision américaine a entraîné le prix du baril à la baisse (<47$) mettant à risque le scénario consensuel d'une remontée progressive du baril vers 60$. Un débat à multiples questions commence à agiter la communauté financière sur l'impact de prix durablement bas de l'or noir sur la rentabilité des capitaux employés de ce secteur.

Le comportement agressif des producteurs de shale gas et shale oil, dont les profits représentent une part grandissante dans la  profitabilité des entreprises américaines, peut-il durablement affecté les prix forward du baril ? L'OPEP et la Russie peuvent-ils décider et respecter collectivement de nouveaux accords de réduction de leur production respective ? Quel sera le coût et la part de marché des nouvelles solutions d'énergies renouvelables ? Le gaz (notamment le GNL) peut-il retarder le pic de la demande du pétrole (estimée aujourd'hui vers les années 2030) et assurer la poursuite de la création de valeur par ce secteur ? L'efficacité énergétique et l'essor du véhicule électrique (estimation de 10% du parc automobile sur les prochaines décennies) signifient-elles la fin programmée des hydrocarbures classiques ? Tesla va-t-elle réussir son pari de parvenir au rythme de production de 500 000 véhicules par an ? Il serait trop prétentieux de répondre à toutes ces problématiques en quelques lignes. D'ailleurs, il n'y a probablement pas qu'une réponse mais plusieurs hypothèses à formuler. La valorisation du secteur (PE 2018 de 13,3x et rendement net 2017 de 5,4% en Europe), qui attire inévitablement l'œil des investisseurs value, tient déjà compte en partie de ces risques mais avec quelle ampleur ?  Les majors pétroliers ont longtemps été habitués à surdépenser sur des cycles longs dans des projets aux rentabilités aléatoires car pénalisées par des variations volatiles du prix de leur commodity sur des cycles courts. Il va leur falloir repenser l'éventail de leurs activités (diversification dans d'autres formes d'énergie, intégration verticale, politique de croissance externe...).

Des efforts de productivité conséquents ont déjà été réalisés et une certaine forme de sagesse concernant des investissements dans des projets trop complexes doit être saluée. Somme toute, les majors pétroliers, industrie dominante du capitalisme moderne depuis plus d'un siècle tant par sa taille que par sa capitalisation boursière, vont devoir repenser leur allocation de capital tout comme l'épargnant qui doit aujourd'hui réorienter une partie de son épargne vers de nouvelles solutions plus réactives et plus performantes que le simple placement obligataire de rentier.

 

Source: DNCA Finance- Texte achevé de rédiger le 2 juin 2017 par Igor de Maack, Gérant et porte parole de la Gestion.

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